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Nicaragua : pauvreté rurale et pauvreté urbaine


Nathalie, Liaisonneuve 8 (2000-2001)

Pays de contrastes, de chaleur, peuplé de gens inoubliables…C’est en ces termes trop fades et trop de fois répétés que nous tentons de décrire un pays, les quelques connaissances qui nous ont marquées, l’environnement, l’expérience quasi indéfinissable qu’est un voyage.  Un certain recul est toutefois nécessaire quelque temps après le retour; ne serait-ce que pour relativiser et comparer nos observations avec les différents points de vue de personnes qui ont vécu l’expérience, avec les innombrables sources d’informations ponctuées de statistiques (qui sont nettement insuffisantes pour avoir un aperçu réaliste et humain d’un pays). Bbref, ceci permet d’élargir cet horizon que nous avons découvert, et du même coup transformer le rayonnement intérieur qu’une telle expérience procure en matière concrète, presque palpable...

Le Nicaragua est l’avant-dernier pays le plus pauvre d’Amérique (Haïti est le plus pauvre).  Ceci dit, il n’a pas été épargné ces dernières années : le tremblement de terre de 1972 qui a détruit son centre-ville, jamais reconstruit, puis le terrible ouragan Mitch d’octobre 1998.  Ce dernier laissa le pays dans un lamentable état, détruisant la plupart des infrastructures, laissant d’innombrables familles sans abri (un million cinq cent mille), leurs maisons étant détruites.  Le pays a dernièrement subi d’importantes sécheresses qui ont causé la perte de maintes récoltes.  Ces manifestations de la nature sont évidemment imprévisibles et prennent une ampleur catastrophique étant donné l’état affaibli du pays, qui n’a jamais le temps et les ressources nécessaires pour se remettre d’un cataclysme, avant qu’un autre ne s’ensuive.

Il ne faut toutefois pas associer le sort du Nicaragua uniquement aux infortunes naturelles; les dirigeants ont également leur part de responsabilité.  Comme plusieurs autres pays d’Amérique centrale, la politique et le pouvoir sont extrêmement corrompus.  Le président Arnoldo Aleman gagne d’ailleurs un salaire plus élevé que celui du président des États-Unis…La population est donc très désabusée face à un système politique inefficace, qui laisse le pays dans une misère et dans l’attente d’un changement qui met du temps à se manifester.

Capitale : Managua

La capitale du Nicaragua comporte près d’un million d’habitants.  Désorganisée, sans noms de rue, une atmosphère quelque peu chaotique y règne.  Semblable à un immense rassemblement spontané de personnes diverses, on peut y voir de coquettes maisons côtoyant des abris de fortune, de petits commerces décrépits voisinant un centre d’achat à la nord-américaine, etc.  Les quartiers en périphérie de Managua sont parmi les plus pauvres et les plus délabrés de la région.  La cause en est bien simple, dans les années 60 la ville de Managua a procédé à une vaste opération d’industrialisation réquisitionnant les terrains aux alentours pour y construire diverses industries.  Les gens qui habitaient ces terres se sont vus contraints d’aller vivre à Managua, bien qu’ils soient pour la plupart habitués à vivre à la campagne.  Il y a également eu un exode rural massif volontaire.  Les « chercheurs d’or » espéraient trouver en Managua une nouvelle Babylone où les emplois et l’argent seraient plus faciles à obtenir qu’à la campagne.  Le résultat de ces déplacements massifs vers la capitale a été l’apparition de plusieurs bidonvilles autour de la capitale et aux abords du dépotoir municipal, qui sert de ressource quotidienne à plusieurs familles.

Comme toute ville où la pauvreté sévit, le cercle vicieux de la violence s’est ancré dans la capitale.  Une grande quantité d’enfants doivent travailler pour aider leur famille et leur revenu est indispensable à la survie de leurs proches. En conséquence, plusieurs abandonnent l’école et le nombre d’enfants décrocheurs double dans les familles où la violence règne.  En effet, la violence ne réside pas que dans la rue, elle pénètre jusqu’au cœur des foyers où elle se cache et se dissimule aux yeux des autorités concernées.  Le marché oriental de Managua est le marché le plus criminalisé d’Amérique centrale : la prostitution, la drogue, la violence sous toutes ses formes font partie du quotidien de ce quartier.

Les principales problématiques au niveau des ressources et des infrastructures sont l’accès à l’eau potable, le traitement et l’acheminement des eaux usées ainsi que la gestion des déchets.  Vingt pour cent des habitants de Managua n’ont pas accès à l’eau potable.  On retrouve beaucoup de déchets amoncelés un peu partout dans la ville et la solution la plus souvent adoptée par les particuliers pour s’en débarrasser est de les faire brûler.

La campagne : réalité rurale

À la campagne, dans toutes les petites communautés dispersées à travers le pays, la pauvreté est généralisée.  Contrairement à Managua où, bien souvent, c’est le contraste entre le fortuné et le démuni qui choque, les régions rurales sont peuplées de 87% de familles pauvres et 60% de ces familles sont dans l’extrême pauvreté.  La mortalité infantile est très élevée et 75% des familles n’ont pas accès à l’eau potable. Étant isolés quelques fois dans les montagnes, devant marcher des kilomètres pour pouvoir accéder à des soins ou des services particuliers, utilisant des méthodes agricoles dignes de nos ancêtres; la vie à la campagne est très difficile.

Toutefois, les pauvres de Managua sont dans une situation aussi critique que ceux de la campagne étant donné le manque d’espace, l’impossibilité de posséder un lot de terre à cultiver, qui pourrait permettre une alimentation de base.  De plus, les questions d’hygiène sont évidemment soulevées lorsqu’une famille doit s’approvisionner au dépotoir municipal…Un fait étonnant, le taux d’analphabétisme au Nicaragua, variant entre 30% et 37%, est généralement plus bas dans les régions rurales.  Ce fait s’explique selon moi, par le sentiment de communauté plus difficile à développer dans les grandes villes.

En effet, l’entraide est beaucoup plus tangible dans les petites communautés où les Organismes Non-Gouvernementaux effectuent un travail remarquable pour aider les villageois à se prendre en main, à améliorer leurs conditions de vie en prônant un effort collectif.  Plusieurs communautés arrivent ainsi eux-mêmes à créer de véritables améliorations, tout en évitant de dépendre des politiques "assistantialistes" peu fiables.

Le Nicaragua est un pays de contrastes, de chaleur et peuplé de gens inoubliables…  La moitié de sa population ayant moins de 18 ans, je souhaite que ces centaines de sourires d’enfants qui me hantent, deviennent de fiers citoyens qui s’exalteront d’appartenir à un peuple fier et d’avoir comme terre le Nicaragua.


Cet article a été rédigé par Nathalie dans le cadre d'un projet de retombées du groupe Liaisonneuve 8 (2000-2001).


Ay Nicaragua, Nicaraguita

Situé au centre des Amériques, ce petit pays où l’on communique en espagnol regorge d’histoires et de paysages spectaculaires à découvrir. D’un océan à l’autre, se trouve un peuple pourtant bien différent selon la provenance de ses ancêtres. D’une frontière à l’autre s'étendent des paysages allants du sec montagneux à l’humide et plat.  Bref, au Nicaragua, on ne s’ennuie pas. Voilà pourquoi nous vous proposons de découvrir ce merveilleux pays d’un point de vue géographique et démographique, historique, et enfin, politique et économique.

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